Young Leaders : la machine a fabriquer le pouvoir français
La French-American Foundation sélectionné chaque année dix Français et dix Americains pour son programme Young Leaders. Vingt personnes. Deux séminaires de cinq jours. Et un réseau a vie.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Depuis 1981, le programme a produit : deux présidents de la République (Francois Hollande, promotion 1996 ; Emmanuel Macron, promotion 2012), au moins trois Premiers ministres (Alain Juppe, promotion 1982 ; Édouard Philippe, promotion 2011), le président de la Cour des comptes (Pierre Moscovici, promotion 1996), plusieurs commissaires européens, des dizaines de ministres.
Le cas Philippe-Macron est sans précédent : un président et son Premier ministre issus de promotions consécutives (2012 et 2011), dont le mentor commun (Juppe) appartient a la promotion fondatrice. La chaîne de transmission Juppe (1982) → Philippe (2011) → Macron (2012) couvre quarante ans de pouvoir.
Mais la promotion 2011 de Philippe révèle autre chose. On y trouve : le responsable sécurité de CMA CGM (Yann Le Goff), le rédacteur en chef des Echos (David Barroux, journal de Bernard Arnault), le directeur des affaires publiques d'Amazon France (Yohann Benard), le futur président d'Arianespace (Stephane Israel). Politique, medias, défense, tech, transport maritime : tous les piliers du pouvoir dans une seule cohorte de dix personnes.
Le contenu des séminaires n'est pas public. La FAF ne publie pas les ordres du jour. Cette opacité est constitutive du modèle : la valeur repose sur le réseau, pas sur le contenu formel.
La question démocratique est simple : est-il normal que les futurs dirigeants d'un pays soient sélectionnés par une fondation privée, financée par Airbus, J.P. Morgan et Sodexo, dont les séminaires se déroulent dans le secret ? Est-il normal que le contrôleur des comptes publics (Moscovici) et le Premier ministre (Philippe) soient issus du même programme de cooptation ?
Commentaires (0)
Aucun commentaire. Soyez le premier à réagir.